La balance des blancs à la prise de vue : maîtriser les températures de couleur
Pourquoi une même scène paraît orange sous une ampoule et bleue à l'ombre, ce que mesurent les kelvins, quand laisser l'automatisme faire et quand régler soi-même, avec une carte grise ou en RAW. Leçon 10 du parcours « Les bases de la photographie ».
Un mur blanc reste blanc à vos yeux, que vous le regardiez sous le soleil de midi, à la lueur d'une bougie ou sous un néon. Votre cerveau compense la couleur de la lumière sans que vous vous en rendiez compte. Votre appareil, lui, ne triche pas : il enregistre la couleur réelle de la lumière. Sans correction, la photo prise sous une ampoule est orange, celle prise à l'ombre est bleutée. La balance des blancs est le réglage qui rétablit la neutralité.
La couleur de la lumière : la température en kelvins
La lumière n'est jamais « blanche » : chaque source a une teinte, que l'on mesure par sa température de couleur, exprimée en kelvins (K). Le principe vient de la physique : un objet chauffé émet une lumière dont la couleur dépend de sa température, du rouge sombre à l'orange, puis au blanc, puis au bleuté.
Il faut retenir un point qui déroute au début : un nombre de kelvins plus bas correspond à une lumière plus chaude (orange), un nombre plus haut à une lumière plus froide (bleue). C'est l'inverse de l'intuition courante.
Repères courants :
- Bougie : environ 1900 K (très orange).
- Ampoule à incandescence : environ 2700 à 3200 K.
- Lever et coucher du soleil : 3000 à 4000 K environ.
- Soleil de midi : environ 5200 à 5600 K (considéré comme neutre).
- Flash : environ 5500 K.
- Ciel couvert : 6000 à 7000 K.
- Ombre en plein soleil : 7000 à 8000 K, voire davantage (bleuté).
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Le principe de la balance des blancs est de dire à l'appareil quelle est la couleur de la lumière pour qu'il la « neutralise ».
Comment l'appareil corrige
La balance des blancs consiste à multiplier les canaux rouge, vert et bleu pour que les objets que l'on sait gris ou blancs apparaissent neutres. Si la lumière est orange, l'appareil renforce le bleu et réduit le rouge, et inversement. C'est ce qui explique que vous avez le choix entre plusieurs façons de lui indiquer la bonne valeur.
Les modes de balance des blancs
- AWB (automatique) : l'appareil devine la couleur de la lumière en analysant l'image. Il est de plus en plus fiable en lumière du jour, un peu moins sous éclairages mixtes ou très colorés. À privilégier au début.
- Préréglages : Lumière du jour, Ombre, Nuageux, Tungstène (ampoule), Fluorescent, Flash. Chacun correspond à une valeur de kelvins. Rapide à utiliser quand les conditions sont stables.
- Température de couleur (K) : vous entrez directement la valeur, par exemple 5500 K. Précis, mais il faut savoir estimer la lumière.
- Personnalisée (mesure) : vous photographiez une surface neutre (carte grise, feuille blanche) sous la lumière de la scène, et l'appareil en déduit la valeur. C'est la méthode la plus fiable.
Le conseil d'un débutant : photographiez en RAW
En JPEG, la balance des blancs est « cuite » dans le fichier : la corriger ensuite dégrade la qualité. En RAW, elle n'est qu'une indication : vous pouvez la modifier librement après coup, sans perte, dans votre logiciel. C'est un des meilleurs arguments pour passer au RAW. Voir l'article balance des blancs, couleurs et retouche pour la correction en logiciel.
Même en RAW, il vaut mieux soigner le réglage à la prise de vue : cela donne un aperçu juste sur l'écran, et cela évite des retouches fastidieuses sur une série de plusieurs centaines d'images. Vous pouvez aussi utiliser la mesure d'une carte grise sur la première photo d'une séance, et appliquer la correction à toute la série.
La carte grise : le meilleur outil
Une carte grise est un carton de couleur neutre (gris à 18 %), de quelques euros, qui sert de référence. Procédure :
- Placez la carte dans la lumière de votre sujet, bien éclairée, de façon à remplir le cadre ou une zone de mesure.
- Prenez une photo.
- Dans le menu, choisissez « balance des blancs personnalisée » et sélectionnez cette photo. L'appareil mémorise la valeur.
- Photographiez la scène.
En RAW, on peut photographier la carte au début de la séance et, dans le logiciel, utiliser la pipette de balance des blancs sur cette image, puis copier le réglage sur toutes les photos prises dans la même lumière.
Éclairages mixtes : le casse-tête
Une pièce éclairée par une fenêtre (lumière du jour, froide) et une lampe (ampoule, chaude) contient deux couleurs de lumière. L'appareil ne peut en neutraliser qu'une. Solutions :
- Éteindre l'une des sources (couper la lampe, ou fermer le volet).
- Choisir la source qui éclaire le sujet et laisser l'autre prendre sa teinte : un fond chaud autour d'un visage éclairé à la fenêtre est souvent beau.
- Assumer le mélange : les contrastes chaud et froid sont parfois justement ce qui donne son charme à une image. Pensez à la lumière d'une rue au crépuscule.
Voir comment la lumière d'une fenêtre sert un portrait dans l'article le portrait près d'une fenêtre.
Neutre n'est pas toujours souhaitable
Corriger la dominante est un réflexe, mais ce n'est pas toujours l'objectif. Un coucher de soleil photographié avec une balance « lumière du jour » reste chaud, comme à l'œil. Si vous le neutralisez, vous perdez l'atmosphère. De même, une scène de nuit éclairée aux ampoules garde sa chaleur si on ne la corrige pas.
La balance des blancs est aussi un outil créatif : on peut volontairement refroidir une image (par exemple vers 4000 K en lumière du jour) pour un effet bleuté, ou la réchauffer (7000 K) pour un effet doré. Pour les couchers de soleil et les ambiances, regardez l'article l'heure dorée et l'heure bleue.
La teinte : l'autre curseur
La température ne règle que l'axe bleu-orange. Certaines lumières (néons, LED bon marché, sodium) tirent aussi vers le vert ou le magenta. La plupart des appareils et logiciels offrent un second réglage, la teinte (« tint »), qui corrige cet axe vert-magenta. Si les peaux paraissent verdâtres sous un éclairage artificiel, ajustez-la.
Les pièges fréquents
- Oublier de repasser en auto après une séance en tungstène : vos photos du lendemain en extérieur seront bleues.
- Confondre la source et le réglage : une source de 3000 K est chaude (orange). Si vous réglez l'appareil sur 3000 K, il compense cette lumière orange et la neutralise. Si vous gardez ce réglage en plein jour, l'image devient bleutée.
- Juger sur l'écran de l'appareil sans repère neutre.
- Corriger une série en JPEG à l'aveugle : préférez le RAW.
- Vouloir neutraliser systématiquement : l'ambiance fait partie de l'image.
À retenir
- La lumière a une couleur, mesurée en kelvins : peu de kelvins, lumière chaude ; beaucoup de kelvins, lumière froide.
- La balance des blancs compense cette couleur pour rendre les blancs neutres.
- L'automatique convient souvent. La carte grise est le moyen le plus fiable.
- En RAW, la balance des blancs se corrige sans perte après coup.
- Une dominante peut être un choix d'ambiance, pas seulement un défaut.
Exercice : un même sujet sous trois lumières
Photographiez une feuille blanche ou un objet clair sous trois éclairages : la lumière d'une fenêtre, une ampoule d'intérieur, et l'ombre dehors.
- Prenez une photo à chaque fois en balance des blancs automatique, puis en préréglage « lumière du jour ».
- Comparez les résultats : où voyez-vous des dominantes orange ou bleues ?
- Reprenez avec le préréglage adapté (tungstène pour l'ampoule, ombre pour l'ombre) et observez la neutralité retrouvée.
Testez-vous
Essayez de répondre de tête, puis cliquez pour vérifier.
1. Une ampoule à incandescence a-t-elle une température de couleur plus haute ou plus basse que la lumière du midi ?
Voir la réponse
Plus basse (environ 3000 K contre 5500 K), c'est une lumière plus chaude.
2. Pourquoi photographier en RAW aide-t-il pour la balance des blancs ?
Voir la réponse
On peut la modifier après coup sans perte de qualité.
3. Que fait une carte grise ?
Voir la réponse
Elle sert de référence neutre pour que l'appareil ou le logiciel calcule la bonne balance.
La suite du parcours
Nous avons tout vu de la lumière et de ses réglages. La leçon 11 porte sur la netteté : l'autofocus, ses modes, ses zones et le suivi. Pour les situations très contrastées, rappelez-vous la leçon précédente : plage dynamique, bracketing et HDR.
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