Pratique

Les lignes directrices : diagonales, courbes et lignes de fuite

Une route, une rambarde, un mur, une rivière : les lignes guident le regard dans l'image. Horizontales, verticales, diagonales, courbes et lignes de fuite, avec leurs effets et la manière de les utiliser. Leçon 3 du parcours « Composition et regard ».

Quand on regarde une image, l'œil ne reste pas immobile : il se déplace, suit des chemins, saute d'un point à l'autre. Le photographe peut organiser ces déplacements. L'un des outils les plus puissants pour cela est la ligne. Une route qui s'enfonce dans le paysage, la rambarde d'un escalier, le bord d'un toit : toutes ces lignes donnent un chemin à suivre, et un caractère à l'image.

Pourquoi l'œil suit les lignes

Le regard est attiré naturellement par les contours et les lignes continues. Quand il en rencontre une, il tend à la suivre jusqu'au bout. Une ligne directrice est donc une ligne qui conduit le regard vers un point précis : le sujet, de préférence. Elle peut être évidente (une route) ou discrète (l'alignement de quelques lampadaires, l'ombre d'un mur).

Horizontales, verticales, diagonales et lignes de fuite : quatre familles de lignes aux effets différents
Horizontales, verticales, diagonales et lignes de fuite : quatre familles de lignes aux effets différents

Les quatre grandes familles

Les horizontales : le calme

Un horizon, la surface d'un lac, une rangée de maisons : les lignes horizontales évoquent la stabilité, le repos, l'étendue. Elles conviennent aux atmosphères paisibles, aux brumes, aux reflets. Plusieurs horizontales superposées (bandes de ciel, de mer, de sable) donnent des images très graphiques.

Les verticales : la force et la hauteur

Troncs d'arbres, colonnes, gratte-ciel, poteaux : les verticales traduisent la puissance, la hauteur, parfois la rigidité ou l'austérité. Une forêt de troncs parallèles donne un rythme régulier. Veillez à ce qu'elles soient bien droites : une verticale légèrement inclinée par la perspective se voit tout de suite (voir la leçon 8).

Les diagonales : le dynamisme

C'est la ligne la plus vivante. Une diagonale est instable : elle suggère le mouvement, la tension, l'énergie. Une rampe d'escalier, un chemin de traverse, le bord d'une digue, un pont : elles animent l'image. La diagonale qui monte de gauche à droite se lit généralement comme dynamique et optimiste, car nous lisons de gauche à droite (dans les cultures qui écrivent ainsi). Celle qui descend évoque plus volontiers la chute ou le calme. Ce ne sont pas des lois, mais des tendances utiles.

Pour introduire une diagonale, il suffit souvent de se déplacer : en changeant d'angle de quelques pas, ou en inclinant légèrement l'appareil sur une scène décorative (un geste à réserver aux images où l'inclinaison est franchement voulue, jamais à un paysage avec horizon visible).

Les lignes de fuite : la profondeur

Des lignes parallèles dans la réalité (rails, routes, bords de couloir, rangées d'arbres) paraissent converger vers un point à l'horizon : le point de fuite. C'est l'effet de perspective. Utilisées comme lignes directrices, elles entraînent le regard vers ce point, et donnent à l'image une profondeur très forte.

  • Placez-vous au milieu de la route, du couloir, des rails : les lignes convergeront vers le centre, avec une composition symétrique.
  • Décalez-vous sur un côté : le point de fuite se déplace, et l'image devient dissymétrique.
  • Utilisez un grand-angle pour accentuer la convergence (voir focale, angle de champ et perspective).

Les courbes : la douceur et la fluidité

Une rivière qui serpente, un chemin sinueux, une dune : les courbes conduisent le regard avec douceur. La plus célèbre est la courbe en S : elle fait faire plusieurs détours au regard, et le garde longtemps dans l'image. On la rencontre souvent en paysage, dans les rivières, les routes de montagne, les sentiers. Pour la repérer, il faut parfois monter légèrement ou chercher un point de vue élevé : voir l'article lire le terrain en photographie de paysage.

Les lignes qui mènent quelque part

Une ligne n'est directrice que si elle conduit quelque part. Une route qui s'enfonce vers un arbre, une rambarde qui mène à un personnage, un rayon de lumière qui touche un visage : tout cela fonctionne. À l'inverse, une ligne qui sort du cadre emmène le regard hors de l'image, ce qui affaiblit la photo. Posez-vous la question : où va cette ligne ? Qu'y a-t-il au bout ?

Voici quelques manières de la rendre efficace :

  • faire aboutir la ligne sur le sujet, ou sur un point fort (voir la règle des tiers) ;
  • la faire partir d'un coin du cadre, pour entrer dans l'image d'un bord à l'autre ;
  • éviter qu'elle coupe le sujet, ou qu'elle passe derrière une tête (un poteau qui sort du crâne).

Les lignes de la lumière

Les lignes ne sont pas toujours des objets. Un trait de lumière sur le sol, l'ombre longue d'un lampadaire, une bande de soleil qui traverse une rue, la lisière entre ombre et lumière : ce sont aussi des lignes, et parfois les plus belles. Elles sont particulièrement visibles à l'heure dorée, quand le soleil est bas : voir l'article l'heure dorée et l'heure bleue, et la leçon sur la direction et la qualité de l'éclairage.

Où trouver des lignes ?

  • En ville : trottoirs, rails de tramway, escaliers, façades, ponts, passages piétons.
  • À la campagne : chemins, haies, rangs de vigne, clôtures, rivières.
  • Dans la nature : troncs, branches, crêtes, vagues, dunes.
  • Dans les détails : nervures d'une feuille, plis d'un tissu, bord d'une table.

Les pièges fréquents

  • Une ligne qui sort du cadre sans but : elle emmène le regard ailleurs.
  • Trop de lignes concurrentes : le regard ne sait plus où aller. Choisissez-en une ou deux qui dominent.
  • Une ligne qui coupe le sujet (rambarde devant un visage, fil électrique dans le ciel).
  • Des verticales qui s'inclinent par un cadrage trop bas ou trop haut avec un grand-angle.
  • Chercher les lignes en oubliant le sujet : une belle ligne ne remplace pas un sujet.

À retenir

  • L'œil suit les lignes : on s'en sert pour guider le regard vers le sujet.
  • Horizontales : calme. Verticales : force. Diagonales : dynamisme. Lignes de fuite : profondeur. Courbes : douceur.
  • La courbe en S garde longtemps le regard dans l'image.
  • Une bonne ligne directrice conduit quelque part : sur le sujet ou vers un point fort.
  • Les ombres et les traits de lumière sont aussi des lignes.

Exercice : une promenade à la chasse aux lignes

  1. Faites une promenade d'une demi-heure et photographiez uniquement des lignes : deux horizontales, deux verticales, deux diagonales, deux lignes de fuite, une courbe.
  2. Reprenez trois de ces images en ajoutant un sujet (une personne, un objet) à l'endroit où la ligne mène.
  3. Comparez les versions avec et sans sujet : la ligne a-t-elle gagné un sens ?

Testez-vous

Essayez de répondre de tête, puis cliquez pour vérifier.

1. Quel type de ligne suggère le plus de dynamisme ?

Voir la réponse

La diagonale, instable par nature, qui évoque le mouvement et l'énergie.

2. Qu'est-ce que le point de fuite ?

Voir la réponse

Le point vers lequel semblent converger des lignes parallèles dans la réalité, par effet de perspective.

3. Pourquoi une ligne qui sort du cadre affaiblit-elle l'image ?

Voir la réponse

Parce qu'elle emmène le regard hors de l'image au lieu de le conduire vers le sujet.

La suite du parcours

Les lignes guident le regard à travers l'image, mais encore faut-il qu'il y ait de la profondeur. La leçon 4 s'intéresse à le premier plan, l'arrière-plan et la profondeur. Pour le placement du sujet, revoyez la règle des tiers.

#composition#courbe en S#débutant#diagonales#guider le regard#lignes de fuite#lignes directrices#perspective

Commentaires

Soyez le premier à réagir.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont relus avant d'être publiés. Soyez courtois : on parle de photographie entre passionnés.