La mise au point : comprendre où est la netteté, et la placer là où elle compte
Qu'est-ce que la mise au point, où la placer (l'œil, le tiers, l'infini), pourquoi « mettre au point puis recadrer » peut rater une photo, comment utiliser la mise au point manuelle et diagnostiquer une image floue. Leçon 9 du parcours « Les bases de la photographie ».
Une photo ratée sur deux, chez les débutants, l'est pour la même raison : elle n'est pas nette là où elle devrait l'être. Parfois ce n'est même pas un flou évident. La photo paraît « un peu molle », on accuse l'appareil, l'objectif ou le capteur, alors que la mise au point est tombée à quelques centimètres de l'endroit voulu. Maîtriser la mise au point, c'est la compétence qui change le plus vite la proportion de photos réussies.
Cette leçon répond à trois questions : que fait réellement la mise au point, où la placer selon le sujet, et comment comprendre d'où vient une image floue.
Ce que fait la mise au point
Quand vous mettez au point, l'objectif déplace un groupe de lentilles pour que la lumière venue d'une certaine distance se rassemble exactement sur le capteur. Un point situé à cette distance donne un point net sur l'image. Un point plus proche ou plus lointain donne une petite tache : c'est ce que l'on appelle le flou.
Il faut retenir une idée simple, mais qu'on oublie souvent : la mise au point ne règle qu'une seule distance à la fois. Tout ce qui se trouve à cette distance est parfaitement net. Le reste ne l'est que dans la mesure où la profondeur de champ le permet. C'est un plan, perpendiculaire à l'axe de l'objectif, et non un point ni une sphère : le « plan de mise au point ».
Ce plan est ensuite entouré d'une zone qui paraît nette : devant lui un peu, derrière lui davantage. Cette zone est la profondeur de champ, que contrôlent l'ouverture, la focale et la distance au sujet. La mise au point dit où se trouve le plan, la profondeur de champ dit combien de relief reste net autour de lui. Les deux leçons se complètent, et il vaut mieux avoir lu celle sur la profondeur de champ avant d'aller plus loin.
Plus la profondeur de champ est faible, plus la mise au point est exigeante
C'est la règle à garder en tête. Un paysage photographié à f/11 au grand-angle pardonne beaucoup : une erreur de quelques mètres passe inaperçue. Un portrait à f/1.8 avec un 85 mm n'en pardonne aucune : la zone nette est parfois de quelques centimètres, et si elle tombe sur le bout du nez, les yeux sont flous. Plus on ouvre, plus on s'approche, plus on allonge la focale, plus la netteté devient une décision précise.
Où placer la mise au point ?
Il n'y a pas de réponse universelle, mais des repères solides selon le sujet.
Un portrait : l'œil le plus proche
Le regard est ce que le spectateur cherche en premier. Si les yeux sont nets, une imprécision sur l'oreille ou la nuque passe presque toujours. L'inverse est rarement vrai. Visez l'œil le plus proche de l'appareil, car le plan de netteté étant parallèle au capteur, le deuxième œil est un peu plus loin. Avec un visage de trois quarts à grande ouverture, la différence se voit. Pour aller plus loin sur le portrait, voyez le portrait près d'une fenêtre.
Un paysage : ni l'infini, ni au hasard
Beaucoup de débutants tournent la bague en butée sur l'infini, pensant que « tout sera net ». C'est souvent une erreur : une partie du premier plan sera floue et, selon les objectifs, l'infini lui-même n'est pas toujours réglé exactement en butée. La méthode la plus simple repose sur le principe de l'hyperfocale, détaillé dans la leçon sur la profondeur de champ : fermer l'ouverture (f/8 à f/11) et mettre au point à une distance intermédiaire, souvent à peu près au tiers de la profondeur de la scène. La zone nette s'étend alors du premier plan jusqu'au lointain. Dans la photographie de paysage, c'est un geste à répéter à chaque scène, comme le montre l'article sur la lecture du terrain.
Un sujet en mouvement : la zone où il va passer
Un sportif, un enfant qui court, un oiseau en vol : on ne peut pas viser le sujet à l'instant même où l'on déclenche. On suit le sujet en continu ou on pré-focalise sur un point par lequel il va passer. Ces techniques relèvent de l'autofocus, développé dans la leçon sur l'autofocus.
Un sujet proche, à grande ouverture : plan par plan
En macro ou en gros plan, la zone nette peut tenir en quelques millimètres. On choisit alors ce qui doit être net (l'œil d'un insecte, le cœur d'une fleur) et on accepte que le reste soit flou. La netteté n'est pas une qualité en soi : c'est un choix, comme le flou. Les photographes qui l'ont compris, comme Julia Margaret Cameron au XIXe siècle, l'ont même mis au service de leur style.
Autofocus ou mise au point manuelle ?
Dans la grande majorité des situations, l'autofocus est plus rapide et plus fiable que l'œil. Les appareils récents reconnaissent les yeux, les visages, parfois les animaux et les véhicules, et les suivent seuls. Mais l'autofocus a des limites, qu'il faut connaître pour savoir quand reprendre la main.
- Peu de lumière ou peu de contraste : un ciel uni, un mur blanc, une scène nocturne. L'appareil n'a rien à accrocher et hésite.
- Motifs répétitifs ou obstacles : grillage, vitre, branches devant le sujet. L'appareil se fixe sur ce qui est devant.
- Sujet très lumineux sur fond sombre, ou l'inverse : l'appareil peut se tromper de cible.
- Sujet très proche ou très petit : en macro, l'autofocus saute facilement d'un détail à l'autre.
Dans ces cas, passez en manuel. Sur un hybride, deux aides rendent cette opération confortable :
- Le focus peaking : un liseré coloré s'affiche sur les zones nettes de l'écran. Vous tournez la bague jusqu'à ce que la couleur se pose sur ce que vous voulez net.
- La loupe de mise au point : l'appareil agrandit une partie de l'image, ce qui permet de vérifier la netteté à l'œil nu, avant de déclencher.
Sur un reflex, on compte sur le viseur et sur un point de confirmation de l'autofocus, avec moins de confort. Sur un trépied, l'écran arrière agrandi reste la méthode la plus précise, quel que soit l'appareil. Le trépied et les accessoires qui vont avec sont présentés dans l'article dédié.
Mettre au point puis recadrer : un piège classique
Voici une habitude très répandue : on place le point d'autofocus au centre, on enfonce le déclencheur à mi-course pour verrouiller la mise au point, puis on pivote l'appareil pour mieux cadrer avant de déclencher. C'est la méthode du « focus and recompose ». Elle fonctionne dans beaucoup de cas, mais elle introduit une erreur subtile que le schéma ci-dessous explique.
Le plan de mise au point est perpendiculaire à l'axe de l'objectif. Quand vous pivotez, ce plan pivote avec l'appareil. Le sujet, lui, n'a pas bougé : il se retrouve légèrement devant le plan net. L'erreur est faible quand le sujet est loin ou que l'ouverture est petite. Elle devient visible dans un portrait à f/1.8 de près, justement quand la profondeur de champ est la plus mince : les yeux sont à peine mous, et l'on ne comprend pas pourquoi.
Il existe trois façons de s'en protéger :
- Déplacer le point d'autofocus sur l'œil, au lieu de recadrer l'appareil. La plupart des appareils permettent de choisir le point avec une croix ou l'écran tactile.
- Activer la détection des yeux, qui suit le sujet quel que soit le cadrage.
- Fermer un peu l'ouverture (f/2.8 ou f/4) quand l'enjeu est important et que vous devez recadrer.
La mise au point sur le bouton arrière
Par défaut, le déclencheur fait deux choses : à mi-course il met au point, à fond il photographie. Beaucoup de photographes expérimentés dissocient les deux. Ils attribuent la mise au point à un bouton situé à l'arrière du boîtier (souvent nommé AF-ON), sous le pouce, et laissent le déclencheur uniquement à la prise de vue. Le gain est double : la mise au point ne se relance pas à chaque déclenchement, et on peut verrouiller la mise au point sur un sujet immobile puis déclencher plusieurs fois, ou suivre un sujet mobile en maintenant le bouton enfoncé. L'option se règle dans le menu de l'appareil. Elle demande une semaine d'habitude, mais change durablement la façon de photographier.
Pourquoi ma photo est floue ? Diagnostic en quatre questions
Un flou n'est pas toujours une erreur de mise au point. Pour comprendre d'où il vient, observez où il se trouve et comment il se présente.
- Tout est flou, y compris les éléments immobiles ? C'est probablement un bougé de l'appareil : la vitesse d'obturation est trop lente. Règle de départ : une vitesse d'au moins l'inverse de la focale (1/50 s pour un 50 mm), plus rapide avec un capteur de petite taille ou un sujet qui bouge. Voir la leçon sur la vitesse.
- Le sujet principal est flou mais le reste est net ? C'est un flou de mouvement du sujet : il a bougé pendant la pose. Accélérez la vitesse.
- Le sujet est flou mais un élément devant ou derrière lui est net ? C'est une erreur de mise au point : l'appareil a accroché autre chose, ou le plan est tombé devant ou derrière. Corrigez le point, la méthode ou l'ouverture.
- Tout est légèrement mou, même à bonne vitesse et à faible ouverture ? Vérifiez que l'objectif est propre, que l'ouverture n'est pas trop fermée (à f/22, la diffraction ôte de la netteté) et que les ISO ne sont pas trop élevés (voir la leçon sur les ISO).
Dans de rares cas, l'autofocus d'un appareil est systématiquement décalé vers l'avant ou l'arrière du sujet. Sur un reflex, le réglage fin de l'autofocus permet de corriger ce défaut, mais il ne faut y penser qu'après avoir écarté toutes les autres causes. Sur la plupart des hybrides, il n'existe tout simplement pas, car la mise au point se fait sur le capteur lui-même.
Les pièges fréquents
- Mettre au point sur l'arrière-plan sans s'en apercevoir, parce que le point actif est tombé à côté du sujet.
- Photographier trop près : chaque objectif a une distance minimale de mise au point, en deçà de laquelle l'image ne sera jamais nette.
- Utiliser une grande ouverture « parce que c'est joli » sur un sujet qui bouge ou sur plusieurs personnes à des distances différentes.
- Faire confiance à l'écran arrière sans agrandir l'image : à petite taille, une photo molle paraît nette.
- Oublier de vérifier la netteté sur la première image d'une série importante.
À retenir
- La mise au point ne règle qu'un plan à la fois, autour duquel la profondeur de champ délimite la zone qui paraît nette.
- Plus on ouvre, plus on s'approche, plus on allonge la focale, plus la mise au point est exigeante.
- Portrait : l'œil le plus proche. Paysage : une distance intermédiaire, avec une ouverture moyenne.
- Passez en manuel quand l'autofocus hésite, avec le focus peaking et la loupe.
- Mettre au point puis recadrer décale légèrement le plan net : déplacez plutôt le point de mise au point.
- Devant une photo floue, déterminez d'abord si le défaut vient du bougé, du mouvement du sujet ou de la mise au point.
Exercice : le plan de netteté à la loupe
Posez trois objets alignés sur une table, à environ 30, 60 et 90 cm de l'appareil, et photographiez-les de face à pleine ouverture :
- Mettez au point sur l'objet le plus proche, et photographiez.
- Reprenez avec la mise au point sur celui du milieu, puis sur le plus éloigné.
- Refermez l'ouverture à f/8 et recommencez les trois photos.
- Comparez les six images agrandies sur l'écran de l'ordinateur : où est le plan net, et comment s'étend la zone nette quand on ferme l'ouverture ?
Ce petit exercice vaut dix lectures : il vous montre sur vos propres images ce que cette leçon décrit.
Testez-vous
Essayez de répondre de tête, puis cliquez pour vérifier.
1. Quand on met au point, combien de distances sont parfaitement nettes ?
Voir la réponse
Une seule : celle du plan de mise au point. Autour de lui, la profondeur de champ détermine la zone qui paraît nette.
2. Pour un portrait à grande ouverture, où placer la mise au point ?
Voir la réponse
Sur l'œil le plus proche de l'appareil, car c'est lui que le regard cherche en premier.
3. Pourquoi « mettre au point puis recadrer » peut-il rater un portrait ?
Voir la réponse
Parce que le plan net pivote avec l'appareil : le sujet se retrouve légèrement devant lui, et l'erreur se voit surtout à grande ouverture et de près.
4. Sur une photo, tout est flou, y compris un mur immobile. Quelle est la cause la plus probable ?
Voir la réponse
Un bougé de l'appareil, lié à une vitesse d'obturation trop lente.
La suite du parcours
Vous savez où placer la netteté. La leçon suivante montre comment l'appareil le fait pour vous : l'autofocus, ses modes, ses zones et le suivi. Pour revoir comment la netteté dépend de l'ouverture, retournez à l'ouverture du diaphragme et au triangle de l'exposition.
Commentaires
Soyez le premier à réagir.